top of page

L'aphasie au fil du temps

Identifier et décrire les désordres du langage : il y a très très longtemps…

 

L’intérêt suscité par les désordres du langage et les approches de réadaptation de la communication est ancien.

 

L’égyptologue américain Edwin Smith découvre en 1862, à Thèbes en Haute Egypte, des papyrus datés entre 3000 et 2500 avant notre ère contenant une description de désordres du langage à la suite de lésions traumatiques (Messerli P.) [4].

 

Un peu plus près de nous, en 1482, Pierre Choinet médecin et astrologue du roi Louis XI offre à son souverain devenu aphasique un manuscrit qualifié d’ « énigmatique » par les historiens : le Livre des Trois Ages

« Enigmatique », vraiment ? Dans cet ouvrage magnifiquement illustré, les thèmes favoris du roi sont choisis avec un soin tout particulier, « la diversité du programme iconographique » et le souci extrême des détails sont remarquables (Choinet P, Scordia L.) [1]. Ces éléments en font à l’évidence le premier recueil connu destiné à entraîner les aptitudes d’une personne aphasique à produire du langage.

 

Au fil du temps qui nous sépare de Pierre Choinet, tout particulièrement dans le courant du  XVIIème siècle et jusqu’à la première moitié du XIXème siècle, des observations cliniques se multiplient. Elles dessinent l’entité nosologique de l’aphasie (Messerli P.) [5]

 

A partir des années 70, les techniques de neuro-imagerie, l’essor des sciences cognitives et de la linguistique ont construit une connaissance approfondie de l’organisation du langage, de l’origine et de la nature des troubles aphasiques.

Dans le domaine de l’aphasiologie, elles permettent actuellement à la réadaptation du langage et de la communication d’atteindre un haut degré de développement (Joseph PA, Barat M. et al) [3].

 

 

Rééduquer le langage, réadapter la communication : des outils au service de « l’homme augmenté »

 

Le langage est resté la préoccupation centrale des rééducateurs jusque vers le milieu des années 1970.

 

La rééducation s’ouvre alors sur conséquences des déficiences aphasiques. Le focus se met sur les interactions de la personne malade dans son environnement, s’inscrivant ainsi dans le courant de la Classification Internationale des Déficiences, Incapacités et du Handicap de 1980 puis de la Classification Internationale du Fonctionnement Humain ou CIF en 2001 (Chapireau F.) [2]

La CIF intègre une dimension pragmatique en élargissant son champ d’action à la communication, et aux stratégies de réadaptation contournant les déficiences aphasiques sévères. Il s’agit de donner à lire des images à défaut de pouvoir donner à lire ou à écouter des mots, et de proposer ainsi à travers l’échange des idées de transmettre des significations et d’entrer en conversation.

 

Au Canada, des études expérimentales mettent dans la lumière le rôle actif du partenaire de la personne aphasique et la nécessité d’entraîner ses compétences (Kagan A.)[5]. Un système rétablissant une communication ne peut se détacher du partenaire non aphasique participant à l’interaction.

 

L’avènement de la technologie numérique appliquée au domaine de la photographie fait apparaître de nouveaux outils. Les premiers systèmes figuratifs au service du handicap construits à partir d’un ordinateur arrivent alors dans le domaine de la rééducation et de la réadaptation.

Ils élargissent le panel thérapeutique des rééducateurs. Ils accompagnent l’essor actuel de l’approche pragmatique et psycho-sociale de l’aphasie.

 

 

1 CHOINET P. Edition critique de SCORDIA L. (2009). Le livre des trois âges. Publications des Universités de Rouen et du Havre. Paris.

 

2 CHAPIREAU F. (2001). La classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé. Gérontologie et société, 99, p. 37-56.
 
3 JOSEPH PA, DE SEZE M, DEHAIL P, JM MAZAUX, BARAT M. (2007). Efficacité de la rééducation de l’aphasie : quand et comment traiter ?  In MAZAUX, J.M., BRUN, V., PELISSIER, J. Aphasies et aphasiques. MASSON. Paris. p.267-272. 

 

4 MESSERLI P. (1996). Une approche historique de l’aphasie. In: Langage et aphasie. Séminaire Jean Louis SIGNORET. EUSTACHE F, LECHEVALLIER B. De Boeck Université; Paris, Bruxelles. p.13-36.

 

5 MESSERLI P, (2008). Les prémices d’une nouvelle science.  In : Traité de neuropsychologie clinique. Neurosciences cognitives et cliniques de l’adulte. LECHEVALIER B., EUSTACHE F., VIADER F. De Boeck Université; Paris, Bruxelles p.13-19

 

6 KAGAN A, E. BLACK S, FELSON DUCHAN J, SIMMONS-MACKIE S, SQUARE P. (2001). Training Volunteers as Conversation Partners Using "Supported Conversation for Adults With Aphasia" (SCA). A Controlled Trial. Journal of Speech, Language, and Hearing Research, 44 : p.624-638

 

 

bottom of page